Miss France 2012 : défend-elle vraiment les animaux ?

Miss France 2012 Delphine WespiserLe Samedi 3 décembre se tenait à Brest, à la Penfeld, la cérémonie de l’élection Miss France 2012, retransmise sur TF1. Elle a été suivie par 7,7 millions de téléspectateurs.

Miss France, un événement au service de différentes dominations ?

Le site féministe Pénélop.fr, affirme que Miss France 2012 « baigne dans une culture pré-fasciste ». Une culture pré-fasciste, c’est à dire  un préalable nécessaire à l’acceptation de la barbarie.

Cet événement s’inscrit en effet dans une logique de domination à la fois élitiste et patriarcale :

  • Élitiste par la mise en compétition des individuEs. Où les « plus faibles », les plus « moches » sont écartéEs (social-darwinisme).
  • Patriarcale car les femmes sont mises au rang d’objet, de marchandise à destination des hommes, destinées à être évaluées, et sur le plan social assimilées au rôle de « potiche » (ne disposant d’aucun pouvoir réel)

Enfin, cet événement fait partie de l’entreprise de normalisation des individuEs et de leurs comportements dans la société de consommation.

Quel rapport avec l’antispécisme et la libération animale ?

Il se trouve que la nouvelle Miss France est présentée comme comme « végétarienne depuis ses 3 ans », prenant la « défense des animaux ». Elle a aussi exprimé le souhait de soutenir la Fondation Brigitte Bardot pendant son règne. Des positions qui sont présentées comme allant dans le « bon sens » pour les animaux, mais est-ce si sûr ?

Miss France ne rime pas avec libération animale

Son engagement est d’abord individuel, dans une vision de la protection animale très courante en France : « Plus jeune, mon rêve, c’était de pouvoir sauver les animaux. Jusqu’à maintenant, je menais un combat à mon échelle en étant végétarienne.».

Une première contradiction : en étant végétarienNE, on ne combat pas l’exploitation animale, on y participe :

Boire du lait, manger des œufs, c’est accepter pour cette consommation l’exploitation des vaches, des poules (enfermement, traumatismes, et mise à mort pour récupérer leur chair). C’est aussi accepter que les veaux soient séparés de leur mère et envoyés à l’abattoir, que les poussins mâles soient broyés ou gazés en masse car non rentables. Enfin, se déclarer « végétarienne » est même abusif dans le cas de Delphine Wespiser , car elle affirme avoir « cédé à la tentation et mangé du poisson » , « tellement savoureux en Bretagne».

Son message, « qu’il ne faut pas abandonner ses animaux. », s’inscrit la vision charitable de ce type d’événement médiatique, où il n’y a pas la volonté de prendre les problèmes à la racine.

Dans cette logique de « bons sentiments », la Miss France a incité à donner pour le Téléthon. se plaçant dans une autre contradiction, celle de cautionner, même indirectement, l’expérimentation sur les animaux.

Delphine Wespiser, met ici en avant un « combat », sans faire preuve de cohérence : lors d’une interview sur NRJ, elle appelait les françaisEs à « ne pas abandonner leurs animaux pendant les vacances, ne pas jeter leur chewing-gum dans la rue ou cracher, faire le tri sélectif. ». Propos tournés en dérision par les animateurs (des hommes donc) de l’émission.

Protection animale et xénophobie

Delphine Wespiser avait annoncer vouloir soutenir la Fondation Brigitte Bardot, considérant sa fondatrice comme un modèle. Brigitte Bardot qui est dans une logique de « protection animale », (« lutte contre toute forme de souffrance animale » sans pour autant vouloir mettre fin à la domination des humains sur les autres animaux), avec une vision misanthrope (propos xénophobes et réactionnaires, campagne « anti abattage rituel » de sa fondation). De ce fait, même involontairement, la nouvelle Miss France cautionne le racisme de son « modèle ».

Miss France, une position de représentation

La nouvelle Miss France espère profiter de la médiatisation de son statut pour promouvoir les causes qui lui tiennent à cœur. Cependant son action risque d’être fortement limitée. Sur la page Facebook de l’AVF (Association Végétarienne de France) unE internaute fait remarquer que la Miss France « va devoir faire le salon de l’agriculture, pas mal de foire au boudin et autres joyeusetés du genre ».

Delphine Wespiser peut certes avoir un « tempérament de feu », « oser dire ce qu’elle pense », elle doit se conformer à un certain modèle. En respectant les règles imposées par les organisateurs du concours, son rôle s’inscrit parfaitement dans le moule d’une société qui légitime la domination du « plus fort » (riche, homme, hétérosexuel, blanc, en bonne santé, de culture dominante) : domination des hommes sur les femmes, des humains sur les autres animaux…

Sexisme et Spécisme : la politique sexuelle de la viande

Dans une interview sur Subject.fr, le journaliste pose cette question : «Un concours qui vise à sélectionner la plus jolie fille n’est-il pas comparable à l’élection de la plus belle vache au salon de l’agriculture ?».

On a donc sur un même plan la «la plus jolie fille »et «  la plus belle vache » :

Pour les vaches, cette étape dans la sélection de caractères physiques et génétiques pour intensifier leur exploitation est transformé dans cette phrase en « concours de beauté ».

Les participantes du concours Miss France, sont quant à elles ramenées à une catégorie jugée inférieure dans notre société. Assimilées à des « animaux », avec la figure de « bêtes à concours », qui « justifie » du coup la domination masculine .

Les spécificités de chaque oppression sont niées. Au final, ni l’oppression que subissent les femmes dans le concours Miss France, ni celle que subissent les vaches lors des concours agricoles n’est remise en question. Au contraire, les oppressions individuelles sont renforcées :

« Les animaux sont devenus des référents absents, dont le sort est métamorphosé en une métaphore de l’existence ou le destin de quelqu’un d’autre. Métaphoriquement, le référent absent peut être quelque chose dont la signification d’origine est rabaissée car elle est absorbée dans une hiérarchie différente de sens, dans ce cas le sens original de destin des animaux est absorbé dans une hiérarchie centrée sur l’humain. »
(Carol J. Adams. Sexual Politics of meat, p 67)

« La structure du référent absent dans la culture patriarcale renforce les oppressions individuelles en rappelant toujours les autres groupes opprimés. »
(Carol J. Adams. Sexual Politics of meat, p 69).

[Plus d’information sur la politique sexuelle de la viande et le principe de référent absent dans cet article du site Pelenop.fr : « Oppression des femmes et oppression des animaux : même combat ! »]

 

Soutenir la Lutte pour la libération animale passe entre-autres par le développement d’une culture positive :

  • Considérer réellement les autres animaux comme nos égaux
  • Mettre en pratique le véganisme à un niveau individuel ET collectif
  • C’est aussi lutter contre les logiques de domination de notre société. Ignorer cet aspect, c’est condamner notre action à l’échec, en refusant de voir que les logiques de dominations s’inscrivent dans un système capitaliste et patriarcal qui perpétue entre autres l’exploitation des autres animaux.
This entry was posted in General. Bookmark the permalink.